influences artistiques

Né en Allemagne en 1962, Jürgen Zwingel arrive en France à l’âge de 19 ans pour suivre des cours de mime et de danse. S’ensuivent des rôles dans des opéras et au théâtre. Il évolue plus tard vers la comédie avec John Strasberg dans la tradition de l’Actors studio. Il joue dans une trentaine de films, auprès de réalisateurs tels que Michel Deville, Claude Lelouch, Claude Berri, Norman Jewison, Nina Companeez…

Ce travail sur le corps et la place de l’interprétation trouve une résonnance dans son regard de photographe qui s’attache avant tout aux êtres, dont l’impact physique est toujours sensible. A travers la présence de l’autre à l’image, d’un mouvement, d’un membre ou d’un fragment de peau, il exprime un début d’histoire, cherche à provoquer une impulsion visuelle qui s’amplifie et trouve un essor dans la perception de chacun.

Présent dans des collections privées en France (Paris, Nantes, Toulouse), en Suisse et en Allemagne.


Gisants

Depuis des années, il photographie les clochards, les oubliés, qui reposent à même le trottoir, comme des statues abattues. Dans sa série Gisants, il transporte ces corps au cœur des églises et des cryptes, auprès des tombes et des sculptures funéraires édifiées en mémoires d’honorables saints et personnages, immortels, à l’abri de l’oubli. Leur transparence fantomatique dans ces lieux désertés, autrefois dédiés à la protection des habitants, interroge le sens des lieux et hante l’idéal de fraternité et de solidarité de nos sociétés.


PASSANTS

Penché au dessus d’une passerelle, immobile et attentif, Jürgen Zwingel fixe les individus, toujours au même point de passage, sur le fond neutre du bitume ou l’acier strié d’un escalier mécanique. Photographiant ses sujets de haut et de dos, il cherche à les faire émerger de l’anonymat où ils se trouvent, en révélant la singularité de chacun. Avec une grande économie de moyens, saisissant l’impact d’un geste, la grâce d’un mouvement, la présence d’une silhouette… il accroche et pose notre regard sur les gens, le temps de leur redonner corps et identité. Passants réunit ainsi deux séries distinctes mais complémentaires, en ce qu’elles traduisent cette même considération pour les autres.

Dans la première série, Bridge, chaque passant, capturé en plongée sur un carré de rue, apparaît en concentré, substantifique forme colorée qui se détache sur l’asphalte. A partir d’un point de détail remarquable et singulier, le photographe construit un souvenir de l’autre dans la mémoire du spectateur pour l’arracher à l’oubli. Ainsi, d’une jeune femme qui pivote sur elle-même en bouton de rose, de l’élan solaire d’une enfant…

Dans la seconde série, Elevate, prise dans la montée des marches d’un escalier mécanique à la sortie du métro, Jürgen Zwingel s’attache davantage aux postures et aux mimétismes, à la reproduction des comportements et à l’aptitude de certains à s’inscrire sans se confondre dans le milieu urbain, aux petits signes de résistance. Ainsi d’un baiser volé, d’une épuisette, d’un étui de trombone pour distraire la solitude et l’ennui des uns, insuffler des touches de tendresse et d’humour dans le quotidien des autres. En réalité, chaque image se lit comme un petit scénario où le photographe se joue des passants, dresse des parallèles, provoque des rencontres.

Dans la lignée de sa série Gisants, les connexions subjectives qu’il établit témoignent d’une vraie générosité dans le propos. C’est une manière pour lui de tisser des liens dans des espaces déshumanisés et de s’inscrire en rupture avec l’indifférence ambiante.